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lundi 11 novembre 2024

Hais - Aime




 

Hais Aime

Les deux mots se ressemblent

Se ressemblent fâcheusement

Alors il faut bien faire attention

Bien dire

Bien articuler

Hais

Aime

En insistant sur le « me »

Sur la petite syllabe

Supplémentaire

Qui fait une grande différence

Surtout ne pas les confondre

Comme le bonheur

Et le malheur

Qui finissent de la même manière

Mais ce n’est pas du tout

Pareil

Auteur inconnu ?



lundi 26 août 2024

Extrait de « Dans la poigne du vent » de François-Xavier MAIGRE



Tous ces gens qui vont et viennent
Ne savent pas qu’ils sont dans ce poème
Le rire des enfants de passage
La maladresse des jeunes couples
Cette façon discrète qu’ont nos anciens
De paresser sous les ramures
Rien ne s’échappe
Rien ne se perd et tout prend corps
Sous la forge inextricable du poème
La synchronie des foules
Révélée au plus insignifiant
L’harmonie de l’espèce arrachée à l’oubli
L’union à son degré la plus haut
Ce pouvoir inutile de rendre les mots
A ceux qui croient ne plus en avoir besoin
Aux présents et aux absents
Au tournoiement des pigeons gris
Et jusqu’au silence
Des angelots de pierre
 
Extrait de « Dans la poigne du vent » de 

François-Xavier MAIGRE

jeudi 29 février 2024

Jeudi poésie Jules Supervielle

 


La pluie et les tyrans

Je vois tomber la pluie 
Dont les flaques font luire 
Notre grave planète, 
La pluie qui tombe nette 
Comme du temps d'Homère 
Et du temps de Villon 
Sur l'enfant et sa mère 
Et le dos des moutons, 
La pluie qui se répète 
Mais ne peut attendrir 
La dureté de tête 
Ni le cœur des tyrans 
Ni les favoriser 
D'un juste étonnement, 
Une petite pluie 
Qui tombe sur l'Europe 
Mettant tous les vivants 
Dans la même enveloppe 
Malgré l’infanterie 
Qui charge ses fusils 
Et malgré les journaux 
Qui nous font des signaux, 
Une petite pluie 
Qui mouille les drapeaux.

Jules Supervielle 1884 - 1960


samedi 18 novembre 2023

René Char

 


J’habite une douleur 
  
L'œil est précoce à se plisser.
La souffrance connaît peu de mots.
 
Préfère te coucher sans fardeau ; tu rêveras du lendemain et ton lit te sera léger.
 
Tu rêveras que ta maison n'a plus de vitres.
 
Tu es impatient de t'unir au vent, au vent qui parcourt une année en une nuit.
 
D'autres chanteront l'incorporation mélodieuse, les chairs qui ne personnifient plus que la sorcellerie du sablier.
 
Tu condamneras la gratitude qui se répète.
 
Plus tard, on t'identifiera à quelque géant désagrégé, seigneur de l'impossible.
 
Tu n'as fait qu'augmenter le poids de ta nuit.
 
Tu es retourné à la pêche aux murailles, à la canicule sans été.
 
Tu es furieux contre ton amour au centre d'une entente qui s'affole.
 
Songe à la maison parfaite que tu ne verras jamais monter.
 
À quand la récolte de l'abîme ?
 
Mais tu as crevé les yeux du lion.
 
Il n'y a pas de siège pur. 

Ne laisse pas le soin de gouverner ton cœur à ces tendresses parentes de l'automne auquel elles empruntent sa placide allure et son affable agonie.

Pourtant. 

Tu crois voir passer la beauté au-dessus des lavandes noires… 
Qu'est-ce qui t'a hissé une fois encore, un peu plus haut, sans te convaincre ?  

René Char,  Le Poème pulvérisé - 1945


jeudi 2 novembre 2023

Andrée CHEDID



Le monde succombe
Aux égorgeurs
En carcan de haine
Qui déciment les corps innocents

Puis s’échappant comme l’eau
De toute emprise
La liberté jaillit
Hors du joug des violences
Et des harnais du temps

Mais qui ramènera
Des contrées
De l’ombre et des glaives
Ces vies interrompues
Aux lisières de nos vies ?

Andrée Chédid


jeudi 24 mars 2022

Georges Emmanuel Clancier


 

Désert

Pour Jean Blanzat

Noir, jailli des moissons arrachées, un désert.

Miettes d'ombres, glaneurs aveugles du désert
Ils vont, rêvant leur village, heurtant le désert ;
Rêvant leurs amours et les arbres et la terre
Ils tâtonnent...
S'ils allaient oublier leur terre,
S'ils allaient perdre avec la paix leur sang de terre...
Au-devant d'eux, froissement d'astre mort, la guerre,
Ils touchent de leurs lèvres tremblantes la guerre —
Et de leurs larmes, où se fondent cette guerre
Et le tendre savoir paysan de la chair...

Commence la nuit déboisée de votre chair.


Georges-Emmanuel Clancier 1914 - 2018


samedi 19 mars 2022

Olivier de Magny

 

Olivier de MAGNY 1529 - 1561


Gordes, que ferons-nous ? Aurons-nous point la paix
Aurons-nous point la paix quelquefois sur la terre ?
Sur la terre aurons-nous si longuement la guerre,
La guerre qui au peuple est un si pesant faix ?

Je ne vois que soudards, que chevaux et harnois,
Je n'ois que deviser d'entreprendre et conquerre,
Je n'ois plus que clairons, que tumulte et tonnerre
Et rien que rage et sang je n'entends et ne vois.

Les princes aujourdhui se jouent de nos vies,
Et quand elles nous sont après les biens ravies
Ils n'ont pouvoir ni soin de nous les retourner.

Malheureux  sommes-nous de vivre en un tel âge,
Qui nous laissons ainsi de maux environner,
La coupe vient d'autrui, mais nôtre est le dommage.

jeudi 5 décembre 2019

Jeudi poésie - Courage

Colette nous propose le courage pour ce premier jeudi
c'est aussi le thème du Printemps des poètes 2020



Ce cœur qui haïssait la guerre
Ce cœur qui haïssait la guerre
voilà qu'il bat pour le combat et la bataille !
Ce cœur qui ne battait qu'au rythme des marées, à celui des saisons,
à celui des heures du jour et de la nuit,
Voilà qu'il se gonfle et qu'il envoie dans les veines
un sang brûlant de salpêtre et de haine.
Et qu'il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en sifflent
Et qu'il n'est pas possible que ce bruit ne se répande pas dans la ville et la campagne
Comme le son d'une cloche appelant à l'émeute et au combat.
Écoutez, je l'entends qui me revient renvoyé par les échos.

Mais non, c'est le bruit d'autres cœurs, de millions d'autres cœurs
battant comme le mien à travers la France.
Ils battent au même rythme pour la même besogne tous ces cœurs,
Leur bruit est celui de la mer à l'assaut des falaises
Et tout ce sang porte dans des millions de cervelles un même mot d'ordre :
Révolte contre Hitler et mort à ses partisans !
Pourtant ce cœur haïssait la guerre et battait au rythme des saisons,
Mais un seul mot : Liberté a suffi à réveiller les vieilles colères
Et des millions de Français se préparent dans l'ombre
à la besogne que l'aube proche leur imposera.
Car ces cœurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté
au rythme même des saisons et des marées,
du jour et de la nuit.

Robert Desnos 1900 - 1945



 

vendredi 16 novembre 2018

Tercets du vendredi - 14/18




Comme tant d'autres
il est mort à vingt ans 
ce poilu

 
Sur la colline
seule la pierre est vivante
- Souvenirs



Dans le petit bois
qui se souvient des poilus
- Ossuaire anonyme
*clic sur photo mieux pour se rendre compte de l'importance du lieu
LC de la Cachette  texte -clic sur photos

vendredi 2 novembre 2018

Tercets du vendredi - premier novembre



* Ossuaires franco-prussien Gravelotte
Tout ces morts
oubliés dans les champs
- Seule de l'herbe

Que de souvenirs - 
Éclosions de fleurs vivantes
 ce premier novembre 


*citrouille fabriquée avec des fers à cheval par mon fils  photo HLC

Fêtons Samain
ouvrant les portes de l'hiver
- qu'il nous soit paisible

LC de la Cachette  texte -clic sur photos

vendredi 26 octobre 2018

le hêtre des batailles

Entre Gravelotte* et Châtel Saint Germain


Un lieu où il y a plus de morts que de vivants


Venant de Gravelotte vous trouvez sur votre gauche ce panneau

 Prenez le chemin et stationnez chez Delphine (élevage de volailles), vous continuez le sentier qui longe son exploitation  jusqu'à ce panneau


pour arriver jusqu'à l'arbre remarquable


Un marcotage extraordinaire


 et une surprenante anastomose


Comme un dragon le hêtre des batailles lui même semble crier

* ne manquez pas la visite du musée de Gravelotte
LC de la Cachette  - photos 





vendredi 7 septembre 2018

Tercets du vendredi - Partage

billet programmé


Partage universel
une splendeur naturelle
- Coucher de soleil


Partager son temps
un plaisir qui ne se compte pas
- Repas brûlé


Pour l'enfant
un douloureux partage
Séparation


LC de la Cachette  texte -clic sur photos

vendredi 10 novembre 2017

Tercets du vendredi - 11 novembre

Photos prises entre le 29 et le 31 octobre 1917
Sur la colline
une croix pour se souvenir
 de ces vies gâchées


Tant de douleur 
pour un traité si amer
et recommencer


Blanches ou noires
en marbre en bois en métal
- Ils étaient vivants


Notre mémoire
et des feuilles rouge sang
- 11 novembre

LC de la Cachette  texte- clic sur photos