Élévation
Charles Baudelaire, Les fleurs du mal
Élévation
Charles Baudelaire, Les fleurs du mal
Photo du dimanche avec Monica
pour ce magnolia a la fleur si fragile !
Petite pause d écran
À bientôt
Cloches naïves du muguet,
Carillonnez ! car voici Mai !
Sous une averse de lumière,
Les arbres chantent au verger,
Et les graines du potager
Sortent en riant de la terre.
Carillonnez ! car voici Mai !
Cloches naïves du muguet !
Les yeux brillants, l'âme légère,
Les fillettes s'en vont au bois
Rejoindre les fées qui, déjà,
Dansent en rond sur la bruyère.
Carillonnez ! car voici Mai !
Cloches naïves du muguet !"
C’est
moi, le coquelicot sauvage, libre je vis, libre je fleuris.
C’est
moi le coquelicot sauvage
On
ne me cultive pas, on ne me parfume pas
J’ai
élu demeure dans les steppes comme mes compagnes les biches
L’eau
je la tiens de la pluie, loin des rives du ruisseau
Où
l’on est trop à l’étroit
Au
jardin, je ne pousse pas
C’est
moi, le coquelicot sauvage, libre je vis, libre je fleuris
Si
mes joues sont enflammées, c’est par le sang de mes veines
La
beauté de mon visage se passe de tout artifice
Tête
haute, ferme sur ma tige je n’ai besoin de personne
Ni
de languir pour l’Aimé
Ni
de me soucier du monde
C’est
moi, le coquelicot sauvage, libre je vis, libre je fleuris
Vois-tu
le feu de l’ivresse, couleur de ma robe pourprée
Et
la blessure de l’Amour marque mon cœur brisé
Insouciante
et libre, je me suis rendue aux plaines
Quand
le sort d’un fol amour de la ville m’a chassée
C’est
moi, le coquelicot sauvage, libre je vis, libre je fleuris
De
mes couleurs verte et rouge, je dessine un jardin
Et
la biche de Khotan s’enivre de mon parfum
Elle
ploie sous le jeu de l’ivresse et à chaque instant me redresse
Je
suis grâce de haut en bas, on ne me résiste pas
C’est
moi, le coquelicot sauvage, libre je vis, libre je fleuris
Libre
je suis sortie de terre, libre je mourrai.
Traduction
: Sabrina Nouri
Ibrahim
Safa (1904 -1971) est un poète afghan.
Photo pour le dimanche de Monica
J'attends le printemps et les pervenches
j'aime ces petites fleurs discrètes et cette teinte
(la photo est de l'année passée)
François Coppée
Ô rare fleur, ô fleur de luxe et de décor,
Sur ta tige toujours dressée et triomphante,
Le Velasquez eût mis à la main d'une infante
Ton calice lamé d'argent, de pourpre et d'or.
Mais, détestant l'amour que ta splendeur enfante,
Maîtresse esclave, ainsi que la veuve d'Hector,
Sous la loupe d'un vieux, inutile trésor,
Tu t'alanguis dans une atmosphère étouffante.
Tu penses à tes sœurs des grands parcs, et tu peux
Regretter le gazon des boulingrins pompeux,
La fraîcheur du jet d'eau, l'ombrage du platane ;
Car tu n'as pour amant qu'un bourgeois de Harlem,
Et dans la serre chaude, ainsi qu'en un harem,
S'exhalent sans parfum tes ennuis de sultane.
Sur le seuil avec beaucoup d'ombre dans le dos
Je n'en finis pas de regarder une rose.
C'est la dernière de l'été. Ma mère aimait cette chanson.
Il est resté quelque chose d'elle dans l'automne
Comme « Soyez heureux » ou « Amitié d'un convive
absent ».
Jean Malrieu 1915 - 1976
Merci
Merci de vos passages
Merci pour vos messages
Merci pour l'amitié virtuelle
Un petit mot qui donne des ailes
Merci un petit mot qui fait du bien
Ce n'était qu'un rêve
je ne suis pas retournée à Venise !
l'Adieu
Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913
Quel déluge -
trempée comme une soupe
j'attends mon bus
Dans l'eau courante
le saule pleure son reflet
où es-tu Printemps
La pervenche
cette belle si discrète
- sourire d'avril
Après
l’Homme, après l’Homme,
Qui dira aux fleurs comment elles se nomment ?
Après l’Homme, après l’Homme,
Quand aura passé l’heure de vie du dernier Homme.
Qui dira aux
fleurs
Combien elles sont belles ?
N’y aura de cœur
A battre pour elles.
Après
l’Homme, après l’Homme,
Que sera encore le mot “merveilleux” ?
Après l’Homme, après l’Homme,
Quand le dernier des hommes aura vidé les lieux.
Qui dira de
la Terre
Qu’elle est sans pareille
Et que dans l’Univers
Elle est fleur de Soleil ?
Après
l’Homme, après l’Homme…
Viens-t’en
donc pour lors,
Viens-t’en donc l’ami,
Et chantons encore
Le jour d'aujourd’hui.
Esther Granek De la pensée aux mots, 1997
La pluie et les tyrans
Je vois tomber la pluie
Dont les flaques font luire
Notre grave planète,
La pluie qui tombe nette
Comme du temps d'Homère
Et du temps de Villon
Sur l'enfant et sa mère
Et le dos des moutons,
La pluie qui se répète
Mais ne peut attendrir
La dureté de tête
Ni le cœur des tyrans
Ni les favoriser
D'un juste étonnement,
Une petite pluie
Qui tombe sur l'Europe
Mettant tous les vivants
Dans la même enveloppe
Malgré l’infanterie
Qui charge ses fusils
Et malgré les journaux
Qui nous font des signaux,
Une petite pluie
Qui mouille les drapeaux.
Jules Supervielle 1884 - 1960