lundi 17 décembre 2012

les fourberies du sapin


Noël approchait...

     Aux jours qui se faisaient courts, au vent qui soufflait et au ciel souvent maussade je me rendais bien compte que l’hiver était proche. Et maintenant je savais que quand on pense hiver, on pense  Noël.
     Chaque année mes parents sortaient la crèche et complétaient la collection de santons, sous chacun d’entre eux on notait l’année d’achat comme un millésime sur les bouteilles, et comme pour le vin  il y avait des années meilleures que d’autres. Aujourd’hui les personnages se retrouvaient groupés par affinités, il y avait les musiciens, les bergers avec leurs chiens gardant les moutons, les villageois en costume et même des scènes de village comme les vieux assis sur un banc à coté d’un puits.


     Cette année je rêvais d’un sapin. Ça sent bon un sapin, une odeur fraîche un peu sauvage. Jusque là maman résistait prétendant que l’appartement était trop exiguë, que ça prenait trop de place, que ça faisait trop de saleté avec toutes ces aiguilles qui se planteraient dans la moquette…enfin un tas de bonnes raisons bien raisonnables.
     Oui, mais moi cette année je le voulais ce sapin. Aussi un soir je décidai de passer à l’action et au moment de la préparation du dîner je demandai :
 – Maman on pourrait avoir un tout petit sapin cette année ? Mais le grondement de la hotte aspirante devait couvrir ma voix car elle me répondit :
 – Chéri, tu ferais bien de mettre le couvert, le repas sera prêt dans un instant.
   C’était pas gagné ! Peut-être qu’en mettant le couvert sans rechigner et dès la première sommation, j’allais m’attirer ses bonnes grâces, aussi je pris les assiettes mais dans mes efforts de perfection, empilant les verres sur les assiettes, puis entassant les couverts ce qui devait arriver arriva et les couverts en tombant entraînèrent un verre qui roula  puis un autre qui s’écrasa sur le carrelage. C’était des vieux verres comme on n’en trouve plus, ils ne cassaient pas ils explosaient en milliers de morceaux. Prudent je décidai de remettre ma demande de sapin à plus tard et j’allais spontanément chercher l’aspirateur.
  – Mais enfin Loulou que fais-tu, attention voyons, c’est pas le moment, j’ai préparé du poisson et il va être trop cuit si tu traînes encore.
    Il ne manquait plus que ça ! Du poisson ! Encore un truc sans goût avec plein d’arêtes… La soirée est fichue pour le sapin, je voulais bien mettre des atouts dans mon jeu mais je n’irais pas jusqu’à faire semblant d’aimer le poisson. Demain, on verrait demain…
   Il me fallait des arguments et des soutiens. Avec un peu de ruse je pourrais arriver à mettre « Pôv’chérie » de mon côté. Pôv’chérie c’est ma petite sœur, la chouchoute à sa maman, Lucie a presque 3 ans et elle pleure avant même que je l’approche, donc c’est toujours MOI le coupable, tout ça parce que je lui ai tiré les cheveux une fois ou deux - pas plus - quand elle touchait à MES affaires.
   Cette fois je la laisserai toucher à mes voitures, enfin les plus anciennes qui sont déjà un peu cabossées, pas le dernier modèle  que papa m’a offert pour une super note à l’école, ce qui lui a valu les foudres de maman qui dit que c’est normal de bien travailler et que les carottes sont pour faire avancer les ânes (je n’ai pas bien compris ce que ces légumes et l’âne venaient faire dans cette histoire de note) mais cette voiture rouge c’est le top ! Enfin quand Azelle Lucie (c’est elle qui dit comme ça pour Mademoiselle Lucie) sera occuper avec mes voitures je lui parlerai des sapins, lui ferai écouter les chansons de circonstances : Mon beau sapin…  et même inventerai une histoire disant que les sapins attirent le Père Noël, que ça lui rappelle les forêts de son pays…bref vrai un lavage de cervelle (les cerveaux c’est pour les garçons, c’est papa qui l’affirme), comme pour les pubs à la télé, sapin sera le mot qu’elle entendra sans arrêt jusqu’à en rêver la nuit.
    Le père Noël vient du pôle Nord, enfin pas très loin mais d’un pays où il y a des rennes. Le père Noël s’appelle Alexandre et il a 6 rennes pour tirer son traîneau, c’est papa qui me l’a dit. Mais maintenant je suis trop grand, je sais toute la vérité que je dois cacher à Azelle Lucie, elle comprendra plus tard.
    Pour convaincre papa, je crois avoir une idée. Ce soir je lui demanderai de sortir son album de photos, celui que lui a donné Mamynou.
    Mamynou passe quelques après midi au Club de l’âge d’or, et là elle s’est prise de passion pour le scrapbooking depuis elle inonde la famille de ses albums- souvenir décorés. Moi j’aime pas. Toutes ces décorations, petits nœuds, cœurs, étoiles, bouts de ruban : ça fait kitch ! Mais ce soir ça devrait servir mon plan. Mamynou a recherché toutes les photos qu’elle avait de papa depuis le berceau jusqu’à l’année dernière, c’était son cadeau pour son quarantième anniversaire. « A mi-vie » a-t-elle dit, il est temps de faire le bilan de son passé. Eh bien, j’ai vu des photos de papa devant le sapin de Noël car chez Mamynou il y avait un sapin et on mangeait toujours des huîtres (beurk !), de la dinde avec des marrons, et une bûche au chocolat. C’est la tradition et il ne faut pas que ça se perde, dit-elle. Maman, elle, c’est plutôt nouvelle cuisine, je sens bien que ça grince fort entre toutes les deux, mais à la guerre comme à la guerre Lucie, papa, Mamynou et moi  contre maman : je devrais gagner la bataille du sapin.
   « Un petit qui ne perd pas ses aiguilles » Et me voici en route avec papa pour la jardinerie. Il y en avait des très grands, des grands, des moyens mais les petits étaient tous moches, rabougris, déplumés…Il a fallu parlementer (heureusement qu’on ne dit pas parle-mentir !) et nous nous sommes retrouvés avec un « moyen ».
    Là, les premières difficultés sont apparues. Il ne rentrait pas dans le coffre. Evidement il pleuvait. D’abord vider le coffre de tout ce qui est dedans et qui ne sert pas souvent, Ensuite ôter le siège de Lucie pour faire basculer la banquette, entasser tout ce qui était sorti sur le siège avant et m’installer derrière en tenant le sapin pour lui éviter de rouler sur papa. Ça pique ! Maman l’avait dit mais je serais stoïque.
   « Mais où voulez-vous mettre un truc pareil ? » Maman avait cédé mais sans conviction. On a joué aux quatre coins et ça n’allait jamais : trop près du buffet, trop  devant la fenêtre et on ne voyait plus le jour, trop dans le passage…enfin le voilà posé. Je n’en pouvais plus, c’est lourd, ça piiiiique !
    Patatrac, mal calé dans son pied bancal, il est tombé ! Un bout de carton parvint à coincer le socle et une ficelle discrète le retint à une poignée de porte : « Surtout ne touchez plus à cette porte » prévint  papa.
    A la porte, on n’a pas touché, personne, mais un courant d’air l’a fait claquer violemment ! Encore tout à refaire, je commençais à comprendre ma mère. Cette fois c’est bon, il est là debout, c’est géant !

    Et maintenant la décoration : guirlandes, boules rouges et dorées… je vais chercher l’escabeau et procéder méthodiquement. Commençant par les guirlandes, debout sur la pointe des pieds sur l’escabeau je fais TRES attention, en voici une de mise, pour la deuxième c’est plus facile, pour la guirlande clignotante un peu moins, les diodes s’emmêlent et il me faut de l’aide surtout que Lucie m’énerve en tournant autour de l’escabeau. Maman me dit de la laisser s’occuper à trier les boules par couleur, oui mais moi je n’arrive pas à mettre mes guirlandes sans tomber et à surveiller mes décorations. Cette fille n’a pas mon sens artistique, elle veut mettre toutes les boules dorées d’un côté et les rouges de l’autre, et moi je dis qu’il faut alterner les couleurs.
   « Laisse Lucie faire, il faut bien qu’elle participe aussi  sinon plus de sapin » me serine maman, j’entends papa qui répond : « Lucifer  c’est comme ça qu’on aurait du appeler mon petit diable ». Là non plus je n’ai pas compris cette histoire, il parait que je « comprendrai plus tard » ! Ça c’est une réponse que je déteste. Et pendant ce temps personne pour m’aider !
    Enfin le sapin est prêt, pas tout à fait à mon goût, ce soir je vais découper des monstres préhistoriques, ces animaux sont ma passion, le tyrannosaure était redoutable mais celui que je préfère c’est le ptérosaure,  je les collerai sur des cartons, je pense que ça fera très joli au bout des branches avec les Led clignotants à la place des yeux ça sera super dans le noir.
    Super ça l’a été surtout pour effrayer Lucie qui s’est mise à hurler et à trembler.
   « Quelle  horreur » cria maman à son tour.
    Décidément ma décoration personnelle ne séduisait pas le clan féminin de la maison.
    Et voilà plus de monstres…enfin j’avais mon sapin.  En fait j’étais un peu déçu. Il ne sentait rien ! Pourtant quand on se promène en vacances dans les Landes ça sent bon la résine, et là rien ! Ce sapin c’était en plein hiver un souvenir d’été, mais lui aussi déçu de se trouver  dans une ville qu’il ne connaissait  pas, à l’étroit dans un appartement,  il boudait et retenait son parfum, je voyais bien qu’il me défiait.
    Heureusement Noël a fait oublier tous ces tracas. Ce sapin aura été une expérience. Finalement mon rêve était plus beau que la réalité mais c’est sans doute le cas de tous les rêves, une raison de plus pour les vérifier et  je suis certain qu’un jour je réaliserai celui de dénicheur de nouveaux dinosaures en Australie…


Vous avez reconnue la photo des boules de Noël de Lénaïg qui ont illustré le coucou du haïku de la semaine passée et la carte de Lecture & Dialogue...


36 commentaires:

  1. Bien beau conte de Noël Josette, ça fait du bien de se rappeler tout ça.
    Gros bisous et belle journée

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    1. coucou Mireille il faut bien écrire pour les enfants, celui là est un peu trop long mais pas assez de temps pour le revoir à la baisse !
      bisouxxxxxxxxx

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  2. Un beau conte de Noël, les blogs font redécouvrir avec talent cette période...
    Je t’embrasse, très bonne journée !

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    1. des blogs passionnants Norma, calendriers, peintures, ballets...
      belle journée

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  3. Bonjour Joette ! Idem maman et le sapin c'était non... Puis un jour sur la route du retour des courses, un bout se sapin, sa cîme, trouvé à terre, deux trois boules firent l'affaire, ce fut à 14 ans mon permier sapin mais jamais de Noël sans la crèchce faite par mon grand-père menuisier ébéniste... 50 ans plus tard je l'ai encore ! Merci Josette... les rêves parfois restent plus beaux à l'état de rêve et puis un rêve qui se réalise n'est plus un rêve ! Bizzzzzzzzzzzzzzzzz jill

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    1. il est curieux ton conte chez toi Jill ;-))
      bizzzzzzzzzzz

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  4. Quel joli conte de Noël. Chez mes parents, en appart ou dans une maison, il y avait toujours un sapin à la maison. Moi je dis que Noël sans sapin, ce n'est pas Noël. J'en fais un tous les ans, que nous soyons en famille ou en amoureux.
    Bonne journée !

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    1. bravo Claude chez nous c'était plus crèche pendant longtemps, le sapin depuis...la naissance des enfants soit 41 ans !

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  5. merci josette pour ce joli conte de Noel vécu
    bon mardi pour toi bises

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  6. Je viens de retirer mon message car je pense qu'il n'était pas bien tourné alors ce n'est pas grave
    Ce poème est très beaux Josette et j'adore les santons
    bisou et bonne journée

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    1. mais tu as tous les droits France
      bisous...je suprime aussi la réponse
      plein de Bisous

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  7. J'ai bien ri Josette, comme elle est joliment écrite ton histoire ! On s'y croirait surtout lorsqu'on a appartenu à une famille nombreuse ! Pas facile de trouver une place pour le sapin on pousse un peu le canapé et je ne le prend pas trop grand !
    Quant aux santons ils ne sont pas tous à la bonne taille mais tant pis, tous les ans je fais la crèche et c'est comme chez mes parents, je ne saurais m'en passer , noël pour moi c'est cela...Julie-Jultte l'a trouvée à son gout en tout cas...

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  8. Tant mieux Marine si ça t'a fait rire, j'ai fait ça un jour où je n'avais pas envie de déménager pour l'installer ce fichu sapin une petite vengeance quoi... il me manque encore le santon de cette année !
    Kénavo

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  9. J'ai bien aimé ton histoire de sapin, j'en ai fais un naturel cette année ça sent tellement bon.

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    1. oui, Solange, le sapin est là pour son parfum mais les variétés vendues maintenant sont beacoup moins odorant !
      bonne soirée

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  10. Il est trop sympa ce conte!
    J'ai vraiment pris plaisir à le lire!
    Et je vais aller me coucher en pensant à ce que le père Noël va bien pouvoir m'apporter;o)

    ***
    Gros BISOUS et douce nuit bien étoilée ma Zamie****

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    1. il t'apportera des rêves Mildred... comme tous les ans !
      rhobisouxxxxxxxxxxxx

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  11. De Di: Elle est belle ton histoire Josette. La couper pour moins de mots serait dommage car tous les détails sont importants. La ténacité d'un enfant à vouloir obtenir son rêve à tout pris, utilisant tous les moyens qui sont à sa disposition, ses pensées, ses gestes, ses espoirs. Le résultat est un peu décevant mais le rêve a été réalisé. Bravo pour l'écriture, ça se lit avec plaisir jusqu'à la fin !

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    1. Merci Di... j'aimerai aussi écrire des histoire comme "la Rue Barré" mais ma tentative dans ce style ne donne rien pas de vigueur pas de naturel ! que veux-tu tout le monde n'a pas ton talent et celui ce Marie-Louve... quel régal à chaque rencontre.
      je te souhaite de tres belles fêtes et on se retrouve ...en 2013 !

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    2. De Di: Ah Josette. En ce qui me concerne je sais pas si c'est du talent ou de la folie. Marie-Louve et moi avons commencé à écrire une histoire sur la rue Barré pour nous amuser entre nous. Puis nous avons pris la chance de la publier et nous avons continué car il semblait que les gens aimaient ça, malgré le fait que nous étions politiquement incorrecte. Un jour, nous avons rencontré monsieur Poissard et sa bande dans l'avion virtuelle et avons poursuivi la saga avec lui. Et nos histoires se sont entremêlées pour notre plus grand plaisir. Merci Josette de nous suivre mais cela n'enlève pas le talent de ton écriture. Je te souhaite aussi d'avoir du plaisir pendant les fêtes avec les personnes que tu aimes. Bisous québécois.

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  12. Plein de sensibilité et de vérité, du coup je ne sais plus si je vais mettre un vrai sapin dans la maison...

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    1. mais si Cathy un vrai qui pique et qui sent bon, de celui dont on retrouve des aiguilles jusqu'en été, ça fait partie du plaisir !
      bonne journée

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  13. J'ai adoré ton billet et son titre..
    merci Josette
    belle journée à toi

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    1. Merci Chatou moi c'est tes photos que j'aime à chaque fois
      bisous

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  14. Une vraie histoire de Noël à conserver dans un carnet !!!
    Bravo à toi !
    Belle soirée
    A très bientôt

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    1. Merci Enitram ...bien énervée parfois je me lache !
      bonne soirée

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  15. Une très belle histoire d Noël que j'ai eu plaisir à lire - bravo à toi !
    Bisous
    Monelle

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    1. Merci Monelle c'était dans mon tiroir , l'occasion où jamais de la sortir !
      bisous et bonne soirée

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  16. C'est tellement beau de lire des belles choses sur Noël, mon fiancé a fait une belle crèche, et il m'a promis que l'année prochaine càd 2014 quand nous serons mariés, il me fera un merveilleux sapin de Noël, merci Josette pour ce merveilleux partage, bisous.

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    1. Noël c'est magique Fatia, comme toutes les naissances, une maman ou une jeune fille ne peuvent qu'y être sensible, merci pour ta visite je te souhaite beaucoup de bonheur, et que ta petite fée veille bien sur toi

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  17. J'ai beaucoup aimé cette histoire qui décrit avec justesse la psychologie "innocente "des enfants. De l'histoire écrite avec les mots de la tendresse amusée au titre judicieusement choisi, une réussite qu'il faudra garder ...
    Belle journée de Noël à toi et aux tiens :-)
    Valdy

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    1. merci Valdy ton indulgent commentaire me touche beaucoup

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