La barque
La barque tire sur sa longe, hoche le corps d’un pied sur l’autre,
inquiète et têtue, comme un jeune cheval. Ce n’est pourtant
qu’un assez grossier réceptacle, une cuiller de bois sans
manche : mais, creusée et cintrée pour permettre une direction
du pilote, elle semble avoir son idée, comme une main faisant
le signe couci-couça.
Montée, elle adopte une attitude passive, file doux, est facile à
mener. Si elle se cabre, c’est pour les besoins de la cause.
Lâchée seule, elle suit le courant et va, comme tout le monde,
à sa perte tel un fétu.
Francis Ponge